L’habituation aux ambiances est un processus d’apprentissage « qui permet sans cesse la réactualisation de l’insertion du citadin dans son environnement urbain » (Hanène Ben Slama, 2009). Mais qu’en est-il de cet apprentissage lorsque, en même temps, l’environnement et les ambiances du quotidien se transforment ? La transformation des ambiances réactive-t-elle les processus d’habituation aux ambiances ? Réactualise-t-elle les habitudes des habitants ? Nous nous interrogeons également sur la l’inertie engendrée par les processus d’habituation, pouvant possiblement limiter l’adaptation et la réactualisation des habitudes.

Cette recherche se déroule avec les habitants du quartier de La Villeneuve de Grenoble, sur les traces de Jean-François Augoyard, cofondateur du Cresson, qui mena sa thèse à La Villeneuve il y a 40 ans. Lui aussi, s’intéressait au rapport vécu des habitants avec leur habitat, mais à partir de leurs cheminements quotidiens. Ce quartier, de type ville nouvelle, est aujourd’hui en période de rénovation urbaine, et subi des transformations modifiant le quotidien des habitants. Ceci en faisant un lieu propice à la sollicitation des processus d’habituation. Aussi, ses caractéristiques architecturales offrent une variété d’espaces collectifs, de la porte des logements aux espaces publics. Les habitants y partagent des espaces variés, évoluent au sein des mêmes ambiances, et rencontrent les mêmes stimuli. Nous observerons et comparerons les différents vécus et perceptions des mêmes espaces, et des mêmes transformations.

C’est à travers les récits de l’expérience quotidienne des habitants, que nous étudierons les processus d’habituation. Pour cela, nous choisissons la méthode des itinéraires de Jean-Yves Petiteau. Cette méthode est basée sur l’écoute, laissant l’habitant nous raconter son territoire au cours d’un itinéraire qu’il choisit. Les habitants nous ferons partager leurs expériences quotidiennes, et à travers celle-ci leurs vécus et représentations. Nous verrons que la méthode des itinéraires nous permet d’accéder aux ambiances vécues, passées et présentes sur le territoire, mais également au rapport que les personnes entretiennent avec ces ambiances.

Cette recherche aura une dimension publique, nous rendrons accessible à tous les résultats en publiant au fur et à mesure les itinéraires de chaque personne, avec l’aide du journal participatif Lecrieur de la Villeneuve. Les habitants seront participants à la recherche, ils seront amenés à donner leurs avis, à analyser, ou à commenter les récits que nous mettons en partage.

En plus d’étudier l’habituation aux transformations physiques du territoire, nous interrogeons aussi sur les transformations mentales ou perceptives. En effet, nous nous demandons si un décentrement du regard, sur leur propre expérience quotidienne, et sur les expériences des autres avec qui ils partagent le territoire, peut aussi amener une réactualisation des processus d’habituation. Ainsi, après la publication et le partage des itinéraires, nous réaliserons des entretiens pour revoir chaque personne et tenter de savoir si l’énonciation d’un récit de vie, et le partage des représentations avec les autres, ont un impact ou non sur l’habituation aux ambiances. Cette deuxième rencontre avec les habitants sera aussi l’occasion de faire le point sur leur premier itinéraire.

Cette recherche propose d’obtenir des éléments de compréhension sur l’intégration de nouvelles configurations spatiales à une vie sociale déjà existante sur le territoire, sur les effets de la transformation des lieux de vie, pour comprendre comment mieux accompagner les projets et mieux les adapter l’un à l’autre.

Mots-clés :Habituation, Ambiance, Villeneuve (Grenoble), expérience quotidienne

Habituation to ambiances. Sharing the daily experience at the Villeneuve in Grenoble

Keywords : Habituation, Ambiance, Villeneuve (Grenoble), daily experience