Approche systémique, globale ou interdisciplinaire… La transversalité semble trouver un succès renouvelé dans les discours des professionnels, alors que l’interdisciplinarité est discutée depuis bien longtemps en aménagement et urbanisme. Quels sont les enjeux du renouveau de cet affichage ? Que nous révèle-t-il sur les méthodes et leurs acteurs dans la fabrique de la ville ? Pour répondre, cette thèse en CIFRE part d’un cas concret : la mise en place d’une « approche globale » au sein d’un bureau d’étude et de conception, SCE – Groupe Keran, « ensemblier » de l’aménagement et de l’urbanisme, réunissant ingénieurs, urbanistes, architectes et environnementalistes. Une enquête de type ethnographique permettra d’ouvrir la boîte noire des projets, pris comme terrain d’étude. En effet, l’observation-participante de la production des projets permet de suivre l’évolution des enjeux au cours de la commande jusqu’au projet final, spatialement repérable. En interrogeant la pratique, c’est la place des études d’urbanisme qui pose question avec l’approche globale. Si celles-ci doivent prendre en compte tous les enjeux et leurs interactions, il s’agit tout d’abord de préciser le rôle de leur producteur dans le jeu d’acteurs des projets. Ensuite en suivant de près le travail des collaborateurs, la dimension cognitive des études sera abordée pour voir comment l’approche globale vient bousculer les raisonnements et le rapport à la connaissance. Enfin, nous analyserons la dimension politique des études au travers du rapport aux élus et des enjeux de pouvoir des transactions gravitant autour des études. En observant les arènes où sont produites et discutées ces études, en analysant les choix et les arbitrages, c’est in fine la décision urbaine qui sera examinée.