De tout temps, l’Homme a réutilisé et transformé les matériaux et les formes architecturales devenues obsolètes dans de nouvelles compositions pour de nouveaux usages : temples convertis en églises, arènes antiques investies par des habitations, usines transformés en lieux culturels, etc. De l’antiquité à l’époque contemporaine, en passant par le moyen-âge, la Renaissance, la Révolution Française et l’ère l’industrielle, on a vu évoluer le rapport des sociétés à l’Histoire et au passé de manière plus générale, la valeur donnée aux formes héritées et la relation à la matière, traduisant une évolution du rapport au monde. À chaque époque s’est posée de manière plus ou moins consciente la question de ce qui devait être conservé, transformé, recyclé, réhabilité, de ce qu’on a désigné de manière tardive notre « patrimoine ».
Or, même si rien n’est radicalement nouveau, depuis la fin du XIXème siècle et l’avènement de l’ère industrielle, on a vu émerger dans les sociétés européennes une conscientisation des liens entre l’homme et son environnement, entre les établissements humains et le milieu (naturel et culturel) , devenant aujourd’hui ce qu’on peut appeler le paradigme de la soutenabilité et qui pose de manière différente le rapport à ce dont nous héritons et que nous allons transmettre et donc aux formes bâties préexistantes.
Aujourd’hui, de nombreux architectes soucieux du lien établi entre leur projet et l’environnement – entendu au sens large – sont les héritiers de ces démarches. La question du « Faire avec et dans l’existant » tient une place grandissante dans ces démarches : recyclage, réutilisation, réemploi, reconquête, ré-appropriation sont autant de termes employés par ces architectes pour parler des actions de transformations des édifices existants. Les raisons invoquées pour défendre une architecture soutenable qui utiliserait les édifices existant comme matière première de nouveaux projets sont l’économie de matière et d’énergie, la lutte contre l’étalement urbain permise par la « construction de la ville sur la ville ». Rarement finalement sont évoquées les raisons patrimoniales et culturelles (et donc soutenables).
En effet, de manière générale, il semble y avoir un paradoxe : les projets reconnus comme soutenables font souvent face à la difficulté de prendre en compte conjointement les quatre piliers de la soutenabilité. Les questions touchant à l’esthétique notamment, entendue comme la production de formes signifiantes, semblent être le parent pauvre des démarches de projet soutenables, au profit, par exemple, de solutions techniques ou de mise en avant de processus de fabrication collective des projets. Dans le cadre d’interventions dans l’existant, la dimension culturelle de l’esthétique est encore renforcée parce qu’elle touche aux significations formelles reflétant un certain rapport à l’Histoire et au patrimoine entendu au sens large.
On peut donc se demander : alors qu’à travers les époques, chaque paradigme a engendré des cultures constructives et des formes et esthétiques signifiantes dans son rapport à l’existant, quelles significations prennent les transformations reconnus « soutenables » d’édifices existants aujourd’hui ? Que disent-elles du rapport de la société à l’Histoire et aux héritages ? Pour reprendre les mots de Françoise Choay, quelle « fonction symbolique de l’édification » ou quelles «compétences d’édifier » de telles postures « soutenables » face à l’existant sont-elles en train de créer ?

Mots-clés : Métamorphose, recyclage, réversibilité, esthétique, existant, soutenabilité,

Metamorphosis, recycling, reversibility: the aesthetic issue of transforming existing buildings in a -sustainability context

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