Les pays post industriels cachent depuis quelques années des voies fantômes se faufilant à travers nos territoires. La « Railway Mania », période clé de la révolution industrielle, s’est caractérisée par un investissement massif dans les sociétés de chemin de fer. Très vite, les pays se sont donc dotés d’un réseau ferroviaire intense. Mais face à une croissance accrue des métropoles et à l’arrivée des moteurs à explosion, des kilomètres de voies ferrées sont aujourd’hui abandonnées et hantent nos territoires.

La montée des préoccupations environnementales, ainsi que la recherche grandissante d’un nouveau confort de vie, positionnent ces voies linéaires comme les derniers « poumons verts » disponibles et les inscrivent dans la nouvelle révolution silencieuse autour de la marche en milieu urbain comme source de plaisir. Ces « friches » ferroviaires permettent la création de nouveaux espaces « déambulatoires » de loisirs au sein même des villes et participent aux enjeux sociaux, économiques, et environnementaux. Elles incarnent de nouvelles valeurs urbaines de proximité et semblent répondre au fantasme de « liberté » du piéton. Ces voies sont marquées par un temps de veille, d’attente prolongée, propice au développement d’usages temporaires (activités alternatives culturelles, sociales ou artistiques). Ces activités deviennent alors très influentes dans la régénération de ces territoires en mutation. Il y a donc une nécessité à comprendre l’origine de ces appropriations et leurs rôles majeurs pour la reconversion de ces mystérieuses voies.

Face à ce constat, nous proposons dans cette recherche de réaliser un atlas « sensible » de la Petite Ceinture de Paris. Cette voie ferroviaire est aujourd’hui au cœur de toutes les préoccupations des habitants et aménageurs. Elle est vue comme un nouveau « poumon vert » offrant des possibilités futures d’aménagements d’espaces de détente, de loisirs, de respiration pour les habitants à travers toute la ville. Depuis une dizaine d’années, la Petite Ceinture a fait l’objet de nombreuses analyses « objectives ». Nous posons ainsi la question suivante :

Comment développer un atlas « sensible » de ce territoire en perpétuel mouvement, qui soit plus « qualitatif » que « quantitatif », permettant de révéler des potentiels de transformation adaptée ?

Pour ce faire, nous effectuerons un état des lieux critique des atlas « classiques » qui, par leurs données statistiques et représentations objectives, sont aujourd’hui remis en cause. Une remise en cause profonde par les habitants et les collectifs d’architectes devenant de plus en plus influents. Ces atlas « classiques » pour l’aménagement sont-ils encore des instruments viables à la compréhension des villes et des territoires ? Permettent-ils de comprendre les mutations urbaines perpétuelles des villes actuelles et de rendre compte des potentiels de transformation ? Ainsi, dans cette recherche, nous verrons en quoi un atlas plus « qualitatif » que « quantitatif » devient une nécessité pour mieux comprendre et aménager les territoires. Pour cela, nous mènerons une analyse comparative d’ouvrages récents d’architectes proposant des nouveaux outils de représentation pour capturer les réalités quotidiennes vecteur de projets urbains (« atlas éclectiques » de Stéfano Boeri).

En parallèle de nos recherches théoriques, nous réaliserons un atlas sensible de la Petite Ceinture. Celui-ci aura pour mission d’identifier, de repérer, cartographier et raconter les pratiques habitantes (éphémères, culturelles, sociales…) en lien avec les ambiances singulières, et les temporalités. Compte tenu du caractère complexe de ce site ferroviaire ainsi que des fortes contraintes telles que l’accessibilité, nous proposerons des méthodes d’analyses et d’enquêtes différentes et adaptées selon les niveaux d’évolution des divers tronçons (transformation à court terme, moyen terme, et long terme). Nous élaborons également un descriptif de notre processus de création de l’atlas : de la récolte des données brutes, de leurs classifications, de la création de données (cartographiques, montages photographiques…), à l’assemblage jusqu’à la finalisation en un ouvrage de planche.

Mots clés : Atlas sensible, chemin de traverse, friches ferroviaires, Petite Ceinture, métamorphose, régénération, typologie d’ambiances

Regenerative metamorphosis railway: Sensitive Atlas of "la Petite Ceinture" Paris

Keywords : Sensitive Atlas, Railway