La ville contemporaine se transforme en un véritable laboratoire à ciel ouvert. Habitants, élus, techniciens et concepteurs collaborent pour explorer, tester et évaluer des solutions innovantes aux grands défis urbains actuels : transition écologique, inclusion sociale, mobilités, qualité de l’habitat et des espaces publics. Ces expérimentations urbaines constituent une modalité émergente et désormais essentielle de la fabrique urbaine. Définies comme une pratique ou un dispositif qui vise à répondre à une situation spécifique qui se pose en milieu urbain, en testant de nouvelles modalités de pensée et d’action qui engagent souvent la participation des citoyens et/ou les apports de la recherche (Berger & Carlier, 2022), elles s’éloignent des logiques descendantes et planificatrices du projet urbain traditionnel pour privilégier des approches plus souples, réactives et centrées sur l’humain et le vivant.
Cette évolution des modes de production de la ville invite à interroger les temporalités (tension entre le temps long de l’aménagement et le temps court de l’expérimentation), les processus (passage d’une logique linéaire à des cycles itératifs d’apprentissage), les impacts (sociaux, spatiaux, environnementaux, symboliques) et la redéfinition des rôles des parties prenantes. Dans ce contexte, l’évaluation des expérimentations devient un enjeu scientifique et politique majeur : elle conditionne la capacité à apprendre collectivement, à ajuster les dispositifs et à légitimer leur intégration dans les politiques publiques.
Dans le contexte de montée en puissance de la culture évaluative dans les champs de l’innovation et de l’action publique, la littérature fait état de plusieurs méthodes. Pourtant, très peu d’études attestent de leur capacité à restituer de façon fiable la valeur socio-spatiale des expérimentations urbaines sous une forme exploitable pour la décision stratégique. La robustesse et l’appropriabilité institutionnelle de ces dispositifs restent encore peu documentées. Les évaluations existantes demeurent souvent partielles (verrou 1), et centrées sur des dimensions techniques et / ou quantitatives (verrou 2).
Le projet de thèse vise donc à concevoir et à éprouver une évaluation des méthodologies d’expérimentations urbaines pour l’aide à la décision stratégique dans les projets de transformation des territoires. Cette recherche vise à identifier comment les dispositifs d’évaluation peuvent être mobilisés non seulement comme outils de mesure mais comme dispositif d’instrumentation facilitant la modélisation des processus, et comme leviers de co-apprentissage et de transformation des pratiques professionnelles et politiques.
Mots-clés : expérimentations urbaines ; évaluation multicritère ; appropriation socio-spatiale ; système d’aide à la décision (SAD) ; innovation territoriale