« Mur-murs » est un projet exploratoire souhaitant aborder dans une perspective transversale une forme d’appropriation de l’espace urbain, se réalisant à travers la production (et réception) d’inscriptions murales portant, notamment sur l’expression de positionnements identitaires forts.

L’objet principal de cette étude sera constitué par l’observation de l’articulation entre occupation et exploitation de l’espace (physique et symbolique) de la ville et nature (forme plus contenu) du message réalisé sur le mur. L’objectif principal du projet est de faire converger autour de cet objet de recherche, des chercheur.es agissant.e.s dans des secteurs disciplinaires différents et, en particulier, issu.e.s d’une part des champs disciplinaires de l’architecture et de l’urbanisme, et d’autre part des sciences du langage.

Par inscription murale nous entendons principalement des graffitis, mais il sera intéressant de considérer aussi la présence et l’utilisation (complémentaire ou alternative) d’affiches ou de stickers.

Dans le contexte urbain, le partage de l’espace se déploie à la conjonction de deux dimensions : physique (relative notamment aux contraintes imposées par les murs de ces lieux) et symbolique, en raison du rôle de la ville, lieu social de rencontre, de partage d’expérience entre différents acteurs (Faure 2012).

Terrain d’observation.
Le terrain choisi est l’agglomération grenobloise. Plus précisément, il sera intéressant de vérifier l’articulation entre espaces différents investis par la pratique de l’écriture murale. Ainsi, le projet souhaite développer cette observation par l’adoption d’une double échelle : d’une part, une approche plus macro, dans laquelle l’espace urbain est perçu dans sa globalité socio-spatiale. D’autre part, une focalisation sur des aires de la ville assez différentes sur le plan à la fois géographique (emplacement dans l’agglomération grenobloise) et symbolique : un quartier en phase de gentrification et le campus universitaire de Saint-Martin-d’Hères. Quel quartier du centre-ville de Grenoble, et pourquoi ? Il s’agit du quartier Chorier-Berriat, historiquement ouvrier (Trimaille 2005). Depuis plusieurs décennies, cet espace est l’objet d’une gentrification et d’une résistance à ce processus socio-spatial. Parmi les manifestations sémiotiques dans ce paysage urbain, les murs regorgent de diverses sortes de productions sémio-graphiques (entre autres, affiches, fresques légales de street art, graffitis illégaux). Pourquoi le campus universitaire de Saint-Martin-d’Hères ? L’espace universitaire, lieu social de partage des savoirs par antonomase, représente un lieu de vie et d’interaction crucial dans la manifestation de positionnements identitaires (Depau 2022). Plus généralement, les matériaux examinés pourront laisser émerger la complexité des comportements communicationnels qui traversent l’espace universitaire à travers l’écriture murale, avec ses implications linguistiques et sociales.

Aspects méthodologiques.
Plusieurs méthodologies de collecte de matériaux sont convoquées dans le cadre du projet. D’une part, il y a la possibilité (voire, nécessité) de faire converger pour une utilisation conjointe les graffitis (affiches, stickers) déjà photographiés depuis plusieurs années par les chercheur.e.es impliqué.e.s dans le projet et qui pourront s’avérer pertinents dans le cadre de notre réflexion. Il s’agit de matériaux issus principalement (quoique, non exclusivement) des deux espaces de focalisation indiqués (Campus universitaire UGA; quartier Chorier-Berriat).

Dans une approche complémentaire et en combinaison avec la collecte visuelle mentionnée ci-haut, le projet souhaite mettre en avant la perspective plus dynamique liée notamment à la perception de l’espace urbain à travers la mise en place d’un “parcours filmé”. Cela permettra aussi de passer de façon assez fluide à travers des espaces socialement diversifiés de l’aire urbaine en utilisant la vidéo comme outil de lecture et de relevé de l’architecture et de la ville pour produire en images des perceptions d’espaces construits (Faure 2012).

Mots-Clés :
Graffitis, espace urbain et acteurs de la ville, identité(s), conflits, film comme méthodologie d’enquête, perception de l’espace.

Équipe :

DEPAU, Giovanni, Gipsa-lab UMR 5216
FAURE, Anne, CRESSON, AAU Ambiances Architectures, Urbanités UMR 1563
MULLER, Catherine, Lidilem EA 609
TRIMAILLE, Cyril, Lidilem EA 609

Stagiaires :

CROOKS Emmeline, ENS Paris-Saclay, Master 1, recherche en design
VUILLERMET Noé, Master 2, architecture

photo : Noé Vuillermet