FR

Cette recherche doctorale interroge les relations entre travail, espace public et ambiances urbaines à partir d’une réflexion sur les transformations contemporaines des usages de la ville. En prenant pour point de départ les pratiques quotidiennes de travailleurs qui utilisent la rue comme lieu de travail – vendeurs ambulants, commerçants informels ou livreurs d’applications – la thèse analyse comment certaines situations ordinaires participent à la production de l’espace public. Elle propose la notion de « territoires-brèches » pour désigner des espaces urbains souvent considérés comme résiduels ou temporaires qui, à travers les usages et les interactions sociales, deviennent des lieux appropriés collectivement, porteurs de significations, d’identités et d’ambiances spécifiques. L’objectif est de comprendre comment ces territoires contribuent à la fabrication sensible de la ville tout en révélant des tensions liées à l’accessibilité, aux conflits d’usage et aux différentes expressions du droit à la ville.

La recherche s’inscrit dans un dialogue entre architecture, anthropologie urbaine, sociologie du travail et études sur les ambiances, en considérant le travail dans l’espace public comme une dimension structurante de la vie urbaine contemporaine. Les territoires-brèches sont envisagés comme des processus dynamiques, produits par des stratégies matérielles, symboliques et relationnelles d’appropriation de l’espace. Les ambiances qui émergent de ces situations – sons, odeurs, gestes, modes d’exposition ou interactions entre travailleurs et passants – participent à la construction d’expériences sensibles qui façonnent la perception et la mémoire des lieux et contribuent à l’identité urbaine à l’échelle locale.

Sur le plan méthodologique, la thèse adopte une approche qualitative et située, attentive à l’expérience ordinaire de la ville. L’observation en mouvement, la marche, les relevés photographiques, les descriptions sensibles et les cartographies interprétatives permettent de saisir les transformations matérielles et symboliques produites par ces pratiques. Une perspective comparative entre Rio de Janeiro et Grenoble permet d’interroger les variations contextuelles de ces dynamiques et les questions qu’elles posent aux villes contemporaines, notamment en matière de coexistence des usages et de reconnaissance des pratiques informelles dans l’espace public.

En mettant en évidence le rôle des travailleurs de rue dans la production des ambiances urbaines, cette recherche vise à contribuer aux débats en architecture et urbanisme ainsi qu’à une réflexion critique sur les politiques urbaines. Elle défend l’idée que ces pratiques participent pleinement à la fabrication quotidienne de la ville et invitent à penser des formes plus sensibles et inclusives de conception, de planification et de gestion de l’espace public.

Mots-clés : Espace public; Travailleurs de rue; Territorialité; Droit à la ville; Ambiances urbaines; Précarisation du travail; Territoires-brèches.

EN

This doctoral research examines the relationships between work, public space, and urban ambiances through a reflection on contemporary transformations in urban practices. Taking as its starting point the everyday activities of workers who use the street as a place of work – including street vendors, informal traders, and app delivery workers – the thesis explores how ordinary situations contribute to the production of public space. It introduces the notion of gap-territories to describe urban spaces often perceived as residual or temporary which, through everyday use and social interaction, become collectively appropriated places carrying specific meanings, identities, and ambiances. The research seeks to understand how these territories contribute to the sensory production of the city while revealing tensions related to accessibility, conflicts of use, and different expressions of the right to the city.

The research engages with architecture, urban anthropology, sociology of work, and studies on ambiances, considering work in public space as a structuring dimension of contemporary urban life. Gap-territories are approached as dynamic processes shaped by material, symbolic, and relational strategies of spatial appropriation. The ambiances that emerge from these situations – sounds, smells, gestures, modes of display, and interactions between workers and passersby – contribute to the formation of sensory experiences that shape the perception and memory of places, thereby influencing urban identity at a local scale.

Methodologically, the thesis adopts a qualitative and situated approach attentive to the ordinary experience of the city. Walking-based observation, photographic documentation, sensory descriptions, and interpretative mapping are used to capture the material and symbolic transformations produced by these practices. A comparative perspective between Rio de Janeiro and Grenoble makes it possible to examine contextual variations in these dynamics and to highlight the questions they raise for contemporary cities, particularly regarding the coexistence of uses and the recognition of informal practices within public space.

By foregrounding the role of street workers in the production of urban ambiances, this research aims to contribute to debates in architecture and urbanism as well as to a critical reflection on urban policies. It argues that these practices, far from being marginal, actively participate in the everyday production of the city and call for more sensitive and inclusive approaches to the design, planning, and management of public space.

Keywords: Public space; Street workers; Territoriality; Right to the city; Ambiances; Labour precarisation; Gap-territories.