Comment un site qui laisse transparaître des signes d’attachements peut-il être initiateur d’un projet de recherche et de transformation de société ? Le fait de le parcourir pourrait-il fournir des leviers pour faire face au caractère systémique et à la pluralité des déséquilibres sociaux et environnementaux? Dans un contexte où les activités humaines détériorent les sols, la qualité des eaux et d’un territoire sur lequel le rythme d’artificialisation ne cesse de croître, quelles ressources humaines, matérielles et immatérielles peut-on mobiliser pour en faire un lieu durable et résilient, en s’appuyant sur sa singularité ?

La voie verte de la vallée de l’Oir, réseau viaire existant, se présente comme l’héritage de l’ère industrielle qui a marqué un paysage rural, ses habitants, ses pratiques, ses mœurs et ses institutions. Ponctuée d’habitats vernaculaires, elle est le point d’ancrage de cette recherche. Le champ d’investigation couvrira les relations entre les individus et l’évolution de leur milieu, ainsi que de leurs liens avec les réglementations à l’échelle d’un bassin versant pour faciliter le dialogue. L’approche sera aussi transformative : ce parti pris se traduira par un processus au long cours d’une enquête composée d’observations, de descriptions, de perceptions, de cognitions, de représentations et d’actions. La collecte et l’étude d’expériences intégratives auprès des habitants et usagers, suscitant des réflexions, des tensions et des envies, constituera le socle de l’enquête et de l’acquisition de connaissances.

Ce maillage d’acteurs à reconstituer, de points de vue à faire évoluer, et d’interactions à favoriser, exige une méthodologie rigoureuse pour faire émerger la culture constructive du territoire. L’enquête requiert aussi une capacité d’ajustement, au fil du projet « se faisant ». Cette démarche holistique fera coexister pratiques paysagères, systèmes agraires et systèmes constructifs par l’intégration de secteurs professionnels en interaction. De l’individu au groupe, à la société, un processus d’acculturation s’opère dans l’espace social, et se formalise en partie dans l’espace public. Des conduites et des pratiques qui se nourrissent d’une attention à la complexité doivent s’adapter à une pensée écosystémique.

Cette enquête originale, conçue à partir d’une analyse paysagère et sociale élargie, a pour objectif ultime de contribuer à la fabrique collective du territoire dans une visée participative et coopérative : des modalités de concertation, de gestion et d’action interrogées par la recherche constante d’un consortium.