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Mots-clés : habituation, ambiance, Villeneuve (Grenoble), expérience quotidienne, rénovation urbaine.

Résumé : Depuis 2008, le quartier de la Villeneuve de Grenoble fait l’objet d’un vaste programme de renouvellement social et urbain. Sélectionné par l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine à deux reprises, le quartier voit le projet de rénovation urbaine s’étirer jusqu’en 2025. Sur les traces de Jean-François Augoyard, qui mena sa thèse à la Villeneuve il y a 40 ans[1], nous venons nous aussi nous intéresser au rapport vécu des habitants avec leur habitat, mais plus particulièrement aux habitudes et à l’expérience quotidienne au milieu d’incessants travaux. Le bâtiment de l’Arlequin, immense barre d’immeuble parcourant le quartier sur près d’un kilomètre, est au cœur des transformations urbaines le plus significatives. D’abord scindé en deux lors de la démolition d’une portion du 50 Arlequin, puis concerné par de multiples démolitions aux alentours, une réhabilitation en site habité suivra sur la portion des 40 et 50 Arlequin, regroupant 250 logements. L’habituation serait le processus d’apprentissage qui permettrait « la réactualisation de l’insertion du citadin dans son environnement urbain » (Hanène Ben Slama, 2009)[2]. Acquises volontairement ou non, les habitudes guident une manière d’être, de sentir ou de faire, et offrent ainsi une stabilité confortable dans la vie de tous les jours. Mais qu’en est-il lorsque l’environnement devient incertain et que les ambiances du quotidien se transforment ? Cette recherche propose de comprendre quels sont les habitudes et les processus d’habituations qui se construisent au sein d’un quartier atypique en pleine mutation. À travers ce travail, nous avons pour objectif second d’obtenir des éléments de compréhension sur le travail d’enquête et sur le développement de projets urbains en sites habités.

Ce travail à partir de la notion d’ambiance implique de travailler à partir du sensible, d’en reconnaître la pertinence (Laplantine, 2005)[3], et de déployer des méthodologies in situ et qualitatives (Thibaud et Grosjean, 2001)[4]. La notion d’ambiance, plus qu’une thématique de recherche, sera utilisée ici comme une modalité de réflexion et d’exploration méthodologique. En effet, nous verrons que pour l’enquêteur aussi, une habituation se déroule au contact du quartier et de ses habitants. Les habitants s’adaptent aux conditions du quartier et nous mènent dans un parcours d’expérimentation méthodologique pour stabiliser une méthode située adaptée aux subtilités de ce quartier. Ainsi, au cours des trois années de recherche, nous arpentons les lieux de la rénovation régulièrement en adaptant progressivement notre posture envers des habitants surmenés par le travail d’enquêteur. Munis d’un appareil photo, nous capturons la transformation des lieux en utilisant une méthode de reconduction photographique émanant du travail de Camillo José Vergara[5]. Nous partons à la recherche des signes et des traces de la vie quotidienne et de la rénovation du quartier. Nous réalisons deux types de visites des lieux, de grandes visites de chaque montée d’immeuble, et des visites plus courtes sur des lieux et sujet précis ou selon les évènements du quartier. Pour rendre compte des ambiances et de l’expérience sensible de ce quartier, nous couplons la prise de photographie à une mise en récits de ces visites de terrain. Influencés par les travaux de Georges Perec[6], nous mettons en récit ce que nous avons vu, vécu, dit, écouté, pensé, ou encore ressenti, pour raconter la vie d’un immeuble en rénovation. Au cours de ces visites, de nombreuses rencontres spontanées ou provoquées, prévues ou imprévues, feront partie de notre corpus sous la forme de récit, et continueront de nous indiquer la bonne posture à adopter. Parallèlement, nous menons des entretiens semi-directifs avec les acteurs de la rénovation, les membres d’associations du quartier ainsi qu’avec les habitants.

[1] J.-F. Augoyard. Pas à Pas. Essai sur le cheminement quotidien en milieu urbain, Grenoble, À la Croisée, 2010.

[2] H. Ben Slama, Parcours urbains quotidiens. L’habitude dans la perception des ambiances, Sciences de l’Homme et Société, Université Pierre Mendès-France – Grenoble II, 2007.

[3] F. Laplantine, Le social et le sensible : introduction à une anthropologie modale, Paris, Téraèdre, 2005.

[4] J.-P. Thibaud, M. Grosjean, L’espace urbain en méthodes, Marseille, Parenthèses, 2001.

[5] C. J. Vergara, The New American Ghetto, New Brunswick, Rutgers University Press, 1995.

[6] G. Perec, La vie mode d’emploi, Paris, Hachette littératures, 2000 [1978].

 

 

EN

Since 2008, the Villeneuve neighbourhood in Grenoble has been the subject of a large social and urban renewal programme. Selected twice by the National Urban Renewal Agency, the neighbourdhood will experience urban renewal until 2025. Following Jean-François Augoyard, who did his thesis at the Villeneuve 40 years ago[1], we will also focus on the inhabitants’ experience with their habitat, and more specifically on the habits and the daily experience in the middle of constant construction works. The Arlequin building, a giant block of buildings going through the neighbourhood for about one kilometre, is at the heart of the most significant urban transformations. First divided into two sections when a part of 50 Arlequin was demolished, then subjected to many demolitions around it, a rehabilitation in inhabited site will follow across 40 and 50 Arlequin, combining 250 housings. Habituation is the learning process that would allow for the “updating of the citizen’s inclusion into his urban environment” (Hanène Ben Slama, 2009)[2]. Gained willingly or not, habits guide our way of being, feeling or doing, and they offer a comfortable stability in our everyday life. What about it when our environment becomes uncertain and the daily ambiances are transformed? This study aims to understand what habits and habituation processes are built within an atypical neighbourhood in transition. With this work, we also aim to gain comprehension elements on the work of investigation and on the development of urban projects in inhabited sites.

Based on the concept of ambiance, this work implies a work from the sensitive and to recognise its relevance (Laplantine, 2005)[3], and to mobilise in-situ and qualitative methodologies (Thibaud and Grosjean, 2001)[4]. The concept of ambiance, which is more than just a research theme, will be used as a modality for reflection and methodological exploration. Indeed, we will see that the researcher also experiences habituation to the neighbourhood and its inhabitants. The residents adapt to the neighbourhood conditions and lead us through a journey of methodological experiment to stabilise a situated method that is adapted to the subtleties of the neighbourhood. Therefore, during the three-year research, we often walked through the renewed places while gradually adapting our position towards inhabitants who are overwrought by the researcher’s work. With a camera, we captured the transformation of the places by using a photo reconduction method from Camillo José Vergara’s work [5]. We looked for signs and traces of daily life and of the renovation of the neighbourhood. We carried out two types of visits of the places – long visits of each building climb, and shorter ones regarding precise places and subjects, or according to events in the neighbourhood. In order to consider the ambiances and sensitive experience of the place, we coupled taking photos with the storytelling of these field visits. Influenced by Georges Perec’s works[6], we tell the story of what we have seen, experienced, said, heard, thought and felt to show the life of building currently being renovated. During these visits, many spontaneous or provoked, planned or unexpected meetings will be part of our corpus as stories and will continuously inform us about the right position to adopt. Simultaneously, we will carry out semi-directive interviews with the actors of the renewal, the members of neighbourhood associations and inhabitants.

[1] J.-F. Augoyard. Pas à Pas. Essai sur le cheminement quotidien en milieu urbain, Grenoble, À la Croisée, 2010.

[2] H. Ben Slama, Parcours urbains quotidiens. L’habitude dans la perception des ambiances, Sciences de l’Homme et Société, Université Pierre Mendès-France – Grenoble II, 2007.

[3] F. Laplantine, Le social et le sensible : introduction à une anthropologie modale, Paris, Téraèdre, 2005.

[4] J.-P. Thibaud, M. Grosjean, L’espace urbain en méthodes, Marseille, Parenthèses, 2001.

[5] C. J. Vergara, The New American Ghetto, New Brunswick, Rutgers University Press, 1995.

[6] G. Perec, La vie mode d’emploi, Paris, Hachette littératures, 2000 [1978].

Keywords: Habituation, Ambiance, Villeneuve (Grenoble), daily experience.

Doctoral thesis started in 2015