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La plupart des banlieues canadiennes et états-uniennes et plus récemment les développements périurbains en France ont été construits selon un modèle qui favorise l’utilisation du véhicule individuel pour assurer l’ensemble des besoins et activités de leurs résidents. Ces banlieues sont notamment caractérisées par la ségrégation des fonctions. Ceci a pour effet, dans la plupart des cas, d’accroître la distance de marche à parcourir pour un résident qui souhaite atteindre le secteur commercial local de son milieu de vie à partir de sa résidence. Ainsi, les distances qui séparent les secteurs résidentiels des lieux d’activités en banlieue pavillonnaire, et le manque de diversité urbaine qui y caractérisent les environnements de marche, font des banlieues des milieux de vie moins propices à la marche que ceux plus centraux. Or, l’importance de l’activité physique pour le maintien en santé des populations et le contexte climatique qui nous presse à adopter de nouvelles habitudes de mobilité sont autant de facteurs qui démontrent l’importance de trouver des solutions efficaces pour améliorer la marchabilité de ces environnements.

L’objectif général du projet est de contribuer à mieux comprendre la marche et son contexte afin d’accroître la marchabilité des environnements de marche des milieux de faible densité. Deux échelles d’intervention sont d’emblée mobilisées. Celle de l’individu et son envie de marcher, qui tient compte de ses capacités et de ses préférences, et celle du territoire étalé qui limite la possibilité de marcher pour combler ses besoins utilitaires. C’est dans ces perspectives que l’intervention urbaine se pratique, motivée par la nécessité de faire davantage marcher les habitants tout en prenant en compte les difficultés liées au contexte matériel, physique, social, sensible. Ainsi, l’intervention motivée par les préférences du marcheur nous ramène à la qualité de son expérience et au concept d’ambiance qui lie l’individu, son contexte et le territoire dans une expérience dynamique. L’intervention motivée par une redéfinition des modes d’habiter le territoire étalé de manière à favoriser la marche pour combler les besoins des résidents appelle à une réflexion plus globale sur l’accessibilité aux ressources et l’organisation socio-fonctionnelle du territoire. Ainsi,

afin de favoriser la marche en banlieue, l’intervention doit à la fois tenir compte des préférences des marcheurs banlieusards, mais aussi, permettre la redéfinition de ses modes d’habiter pour réduire la dépendance au véhicule individuel de ces milieux.

Or, les leviers des urbanistes et aménagistes limitent la portée de l’intervention aux composantes formelles et fonctionnelles propres à l’environnement bâti. Cela exclut l’habitant et les modes d’habiter, pourtant au centre des objectifs motivant les interventions. Les enjeux spatiaux- fonctionnels du territoire étalé et l’absence de réponse efficace pour en repenser l’organisation appellent possiblement à prendre en compte les modes d’habiter et leur redéfinition pour trouver des façons innovantes d’aménager la banlieue marchable. Aux questions de l’ambiance urbaine associée à l’expérience du marcheur, à ses représentations du territoire et son ancrage pour faire marcher les gens en banlieue, s’ajoute donc la capacité de redéfinition des modes d’habiter qui implique le développement d’un imaginaire collectif des possibles encore à définir. On s’intéresse finalement ici à l’expérience sensible du marcheur autant dans une visée de compréhension que d’évolution vers ce nouveau mode d’habiter.

Les méthodes de mise en partage de l’expérience sensible sont développées autant chez les chercheurs qui s’intéressent à l’ambiance urbaine et sa définition que chez les artistes. Aussi, la création aurait le pouvoir de générer de nouvelles formes de représentations et de rapport au lieu amorçant ainsi le processus transformateur attendu. Le projet propose donc d’une part de mettre en partage les expériences sensibles d’un territoire marché par un processus de représentation des expériences singulières. D’autre part, le projet prévoit de mobiliser ces représentations dans le cadre d’un processus de cocréation devant permettre le développement de représentations nouvelles et des possibles pour le territoire de marche étudié. Ainsi, l’objectif spécifique du projet est d’explorer l’apport d’une démarche de cocréation basée sur l’expérience sensible de la marche en banlieue pour favoriser l’engagement des citoyens et leur vision innovante par rapport aux possibles de la transformation des environnements de marche.

Mots-clés : marche, banlieue, expérience sensible, cocréation, ambiances

EN

Most North American suburbs and more recently European peri-urban developments have been created following a car-based model of development. Functional segregation and spread characterize these living environments making them unwelcoming to pedestrians wishing to fulfill their utilitarian needs by walking. The spread and the lack of density added to the low design qualities related to diversity contribute to making these environments theoretically less walkable than urban areas. Knowing the importance of walking as a physical activity for health considerations and in the context of climate changes urging us to adopt more sustainable mobility habits, ways must be found to enhance the walkability of these suburban environments.

The project aims to contribute to better understand walking and its context in order to enhance the walkability of low-density areas. Two scales of intervention are mobilized: the human-scale referring to the pedestrian’s walking experience and its preferences and the scale of the suburb, referring to the distance separating residential environments from services and commercial ones. In this line of inquiry, urban intervention aiming to enhance the walkability of low-density areas should consider both the pedestrian’s experience of walking and the difficulties related to accessibility and connectivity of suburban areas in order to reduce their car dependency. The absence of efficient solution to address the challenges of this car dependency brings us to explore the idea that added to the traditional urban intervention applied to built environment and its components is needed an empowering solution to the walking challenges of suburbs in regards to utilitarian needs fulfilment and accessibility. Co-creation as a solution way finding strategy will be explored based on diverse sensitive walking experience.

Keywords : Walk, suburbs, sensitive experience, co-creation, atmospheres