résumé de la thèse

La ville sous tension. Repenser l’observation des divisions de l’urbain

Mots clés :
Observation urbaine ; Tension territoriale ; Atmosphère urbaine ; Politique de rénovation urbaine ; Ethnographie sensible ; Cognition urbaine.

Résumé :
Par une étude de cas de quatre milieux différenciés et sous tension, nous entendons, dans ce projet de recherche, développer une critique sociologique du modèle de cohésion territoriale dominant dans les grandes métropoles contemporaines à partir duquel les acteurs des politiques de la ville (se) représentent les inégalités et divisions du territoire : celui de la « dualisation socio-spatiale ». Cette lecture binaire est mal ajustée aux réalités urbaines de « villes à vitesses multiples » comme Bruxelles et n’aide guère à représenter la pluralité des clivages socio-spatiaux. Sur le plan théorique, notre projet vise un enrichissement des catégories descriptives et des concepts analytiques auxquels ont recours à la fois la sociologie urbaine et les politiques de la ville pour penser et conceptualiser les divisions et tensions territoriales traversant notamment l’espace métropolitain bruxellois. Plus spécifiquement, nous souhaitons analyser les instruments d’observation urbaines dominants dans les politiques de la ville qui se basent aujourd’hui presque exclusivement sur les outils statistiques et cartographiques. L’hypothèse de ce projet est que ces instruments ont été des supports importants pour les politiques de la ville durant les 20 dernières années mais ils donnent une lecture déformée et simplifiée des divisions territoriales. Nous faisons aussi le constat du caractère rudimentaire de la sociologie sous-jacente aux instruments d’observation urbaine et de l’absence historique de la sociologie urbaine dans la définition d’outils d’aménagement du territoire laissés à d’autres disciplines, comme l’urbanisme, la géographie et la démographie. Le projet viserait alors à combler les lacunes de ces outils cognitifs de gouvernement de la ville par une expertise sociologique afin de dépasser la lecture binaire, statique et plane des divisions territoriales. Nous associons, pour ce faire, une démarche historique de « généalogie » des instruments d’observation principaux et marginaux à Bruxelles et ailleurs à une démarche d’ethnographie phénoménologique. En réalisant plusieurs études de cas d’entités urbaines sélectionnées car leurs tensions et discontinuités internes échappent aux instruments dominants, nous proposons de mettre en œuvre une approche écologique, focalisée sur les variations d’ambiances et de sensibilités urbaines, comme un moyen original pour appréhender les tensions et ruptures territoriales à travers leurs caractères à la fois pluraliste, pragmatique et sensible. Nous souhaitons ainsi (i) mieux cerner la pluralité des divisions traversant le territoire urbain ; (ii) mettre au jour, au sein d’entités urbaines imaginées homogènes, certaines tensions travaillant leur environnement social et certaines discontinuités marquant leur environnement physique et architectural ; (iii) interroger les expériences quotidiennes de l’altérité et les perceptions des citadins, peu questionnées jusqu’alors pour expliquer les tensions et l’évolution des modes de coexistence dans la ville.

Sous la direction de Jean-Paul THIBAUD et Mathieu BERGER (UCL)