Exposition « LUCIEN ROY, un architecte photographe » – QPN 2026
Actualité publiée le 28 septembre 2026

En 2026, la QPN (Quinzaine Photographique Nantaise) fête le bicentenaire de la photographie ainsi que la 30e édition du festival. Pour croiser ces 2 anniversaires, la QPN a choisi d’orienter sa thématique sur l’idée de « Collection ». L’ensemble de la programmation du festival, lieux QPN et lieux partenaires, explore donc cette notion, des temps pionniers avec Eugène Atget et Lucien Roy, en passant par sa propre collection.

L’exposition « Lucien Roy » est présentée du 25 septembre au 1er novembre 2026 à la galerie L’Atelier par Camille Conte, maître de conférences à l’ENSA Nantes et membre du CRENAU, avec le soutien de la Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie.
« Lucien Roy (1850-1941) est un architecte que l’on peut qualifier de photographe amateur tant est si bien qu’il a produit au cours de sa pratique photographique plus de 8 700 clichés, tous conservés à la Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie. Cet architecte s’empare des dernières avancées techniques qu’il fait siennes l’accompagnant autant dans sa pratique de l’architecture qu’au cours de ses nombreux voyages en France ou à l’étranger. Originaire de Nantes, Lucien Roy se forme auprès de l’architecte, dessinateur et aquarelliste nantais Gustave Bourgerel (1813-1882) avant d’intégrer la section d’architecture de la prestigieuse École des Beaux-Arts de Paris en 1871. Diplômé architecte par le gouvernement le 20 décembre 1886, Lucien Roy débute sa carrière d’architecte par la restauration du château de Langeais dans l’Indre-et-Loire (1886-1896) qu’il mène pour le compte de son propriétaire pendant 10 ans. Il se distingue également par l’édification de plusieurs “châteaux” modernes où règnent éclectisme, historicisme et inspirations locales (Château de la Châtaigneraie à Avessac en Loire-Atlantique ou Château de Bois-Chicot à Servon dans la Manche). À côté de cette pratique libérale, Lucien Roy intègre le service des édifices diocésains à la fin des années 1880. Fort de son attrait pour le patrimoine et l’architecture médiévale, il est lauréat du tout premier concours d’architecte en chef des Monuments historiques organisé en 1893. Il obtient successivement la charge des départements de la Haute-Vienne (87), du Loiret (45), du Cher (18) et des anciens arrondissements de l’Essonne, de Corbeilles et de la Seine-et-Oise. Jusqu’en 1926, Lucien Roy parcourt les nombreux territoires dont il a la charge, étudie leurs monuments et édifices d’intérêts historiques et artistiques, participe à leur restauration et parfois à leur classement. Durant l’ensemble de ces activités d’architecte, Lucien Roy documente par l’image photographique ses missions, ses rencontres architecturales et urbaines. Il intègre presque systématiquement des tirages et épreuves positives dans ses rapports et dossiers faisant de la photographie une preuve visuelle en appui au discours scientifique.
Homme de son temps, Lucien Roy développe également une appétence pour le voyage et la villégiature. Il participe à de nombreuses croisières organisées par la Revue générale des sciences pures et appliquées – croisières alors accompagnées d’intellectuels de renom, comme l’historien spécialiste de l’art byzantin Charles Diehl pour la croisière au Levant de 1911. Il voyage aussi par ses propres moyens et multiplie les destinations tout autour de la Méditerranée, visitant l’Espagne, l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, les pays du Levant, la Syrie, Jérusalem, la Turquie, l’île de Chypre, la Grèce ou encore la République de Malte. L’Italie est également une destination prisée de l’architecte, dans la lignée du Grand Tour mais aussi du Grand Prix de Rome, qu’il visite à une dizaine de reprises. Il se rend également en Angleterre en Autriche, passant par la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Suisse. Enfin, il développe un intérêt pour l’architecture byzantine et les territoires des Balkans. Favorisé par l’amélioration des moyens de transports et l’influence des puissances occidentales, le voyage est l’occasion d’une rencontre avec l’ailleurs et l’altérité. Accompagné de ses appareils à main mais aussi de ses boîtiers permettant autant l’exécution de plaques Autochrome que de négatifs sur plaque de verre et sur pellicule, Lucien Roy collecte l’architecture, des monuments les plus emblématiques aux ouvrages d’art en passant par l’architecture vernaculaire et autres constructions ayant piqué son œil d’architecte comme de photographe.
Dans ses vues d’édifice, il perpétue une tradition documentaire hérité du XIXe siècle tandis que parfois le regard s’égard et s’amuse, il entre alors en dialogue avec le photographique. Si les bâtiments sont très souvent représentés de manière frontale, de trois-quarts ou en perspective, l’architecte multiplie les clichés et compose des séries pour mieux appréhender les lieux rencontrés. De manière récurrente, Lucien Roy représente par métonymie l’édifice. Il choisit alors un motif architectonique ou décoratif, tour, minaret, clocher, portes ou passages voûtés et arqués deviennent des leitmotivs architecturaux et photographiques. Il réalise ainsi son propre inventaire photographique dont les épreuves sont ensuite regroupées dans des albums photographiques de voyage ou de travail. Lucien Roy ne reste pas non plus insensible au monde qui l’entoure. Bien au contraire, il s’intéresse au caractère organique des territoires traversés, capturant paysages, végétations, portraits, scènes de rue et scènes insolites. Sa démarche fait indéniablement écho à l’entreprise du banquier d’affaire Albert Kahn et à ses opérateurs photographes et filmiques : les Archives de la Planète. Dans la démarche de l’architecte Lucien Roy, on perçoit également l’héritage de l’encyclopédisme. Enfin, son attention pour le passé et sa recherche des traces d’un patrimoine architectural comme humain n’est pas sans rappeler les travaux de son contemporain Eugène Atget.
Si les regards de Lucien Roy peuvent parfois être qualifiés de documentaire, romantique ou pittoresque, il livre aussi des clichés inédits et des approches plus “modernes”. En tant qu’amateur éclairé, cet architecte intègre de nombreuses associations et sociétés savantes tant en archéologie, en architecture qu’en photographie. Membre de la Société française de photographie à partir de 1914, il réalise pour un public de photographes comme d’architectes et d’érudits des conférences illustrées de photographies. Les clichés rapportés de ses voyages ne sont pas seulement des “souvenirs” mais deviennent des supports de réflexion et de diffusion de l’architecture et du patrimoine. Là encore, Lucien Roy s’inscrit pleinement dans son temps reproduisant ici le système des conférences projetées qui animèrent le tout Paris sous l’objectif de Jules-Gervais Courtellement et ses plaques Autochromes – premier procédé de photographie couleur inventée, breveté et commercialisé par les frères Lumière. La “révolution” de la couleur ne peut qu’atteindre l’architecte Lucien Roy. Passionné de photographie, il est aussi peintre et aquarelliste amateur. Lors de son passage par l’École des Beaux-Arts de Paris, il suit en parallèle de sa formation d’architecte des cours de peinture avec Alfred Brunet-Debaines (1845-1939). Il s’inscrit également chez les Amants de la Nature présentant quelquefois ses travaux lors des salons. Sa formation et sa carrière d’architecte l’ont également conduit à manipuler la couleur dans le dessin, qu’elle souligne une donnée technique sur des plans et relevés, ou qu’elle exalte la vision projetée d’un édifice. Sa proximité avec le monde photographique semble tout à propos pour justifier de son usage de la plaque Autochrome. Les plus anciennes photographies couleurs attestées datent de 1910, tandis que leur emploi s’accélère et trouve leur apogée au cours des voyages. Lucien Roy capture les valeurs colorimétriques des édifices et des paysages et révèle des photographies où une tension se mêle entre image ludique et image savante.
L’exposition cherche ainsi à révéler la riche collection de photographie de cet architecte. Un voyage dans le temps et l’espace à travers le regard de Lucien Roy. » (dossier de presse)

Lucien Roy, Maison du Change, Nantes, 1901 ; Dépôt de la Société française d’archéologie, Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion GrandPalaisRmn Photo
En écho à l’exposition de l’Atelier, sera présenté à l’ENSA de Nantes « LA DOLCE VISTA, Collection d’architectures romaines », une exposition des étudiants de l’école encadrés par Camille Conte et Élodie Évezard : Dans le cadre d’un voyage d’étude à Rome, 18 étudiants de la licence 2 (promotion 2025-2026) de l’école, ont été amenés à questionner le rôle de la photographie dans la collecte de modèles architecturaux. Construite selon une approche thématique, l’exposition met en avant l’expérience photographique des étudiants de l’ensa Nantes, tout en révélant chaque édifice retenu à travers un apport historique et empirique où se mêlent savoirs et impressions personnelles de voyage. Du 14 octobre au 6 novembre, vernissage le 22 octobre.
Catégorie : CRENAU
Tags : architecte, Exposition, Photographie
