Coordination
GARNIER Lucile, DEVISME Laurent
Membres AAU
LAMBERT-AOUIZERAT Solal, POUPIN Perrine, MANOLA Théa, THOMAS Rachel, GARNIER Lucile, DEVISME Laurent, NICOLAS Amélie, MARCHADIER Côme, L’HER Gwendoline, COURNOYER-GENDRON Maude
Partenaires
Tanika Join, doctorante au laboratoire PIMENT Université de La Réunion

Arguments

Ce groupe de recherche s’intéresse aux pouvoirs et contre-pouvoirs urbains ainsi qu’à la dimension démocratique de la production de l’espace. Le foisonnement d’initiatives citoyennes, d’alternatives dans la production urbaine contemporaine ainsi que le déploiement de controverses liées à l’aménagement de l’espace amènent à questionner la « démocratie urbaine » selon un spectre large : des perspectives les plus institutionnalisées, domestiquées de la participation, aux formes critiques radicales, en passant par les pratiques politiques informelles, « infra-politiques » ou encore le recours au droit. Au prisme d’une fabrique urbaine à la fois institutionnelle et saisie « par le bas », ce groupe compte faire une place aux citoyens, habitants ou collectifs multiformes qui se positionnent sur la question spatiale et la démocratie locale. Les invitations à « prendre part » à l’action publique par l’institution autant que les interventions de collectifs sous un mode « non-invités » forment un ensemble pris comme une diversité de pratiques politiques liées à l’urbain. Il s’agit de rassembler les perspectives de recherche de l’UMR AAU ayant un intérêt pour les mobilisations socio-environnementales, les modes de construction de la ville entre conflits et participation ou les processus de citoyennetés mis en jeu à l’échelle locale.
Ce groupe de recherche mobilise des méthodes d’enquêtes qualitatives comme l’ethnographie afin de consacrer une grande place à la description. Au cœur de ces pratiques de recherches prenant forme dans une grande diversité de situations socio-spatiales, ce groupe de recherche rassemble des travaux ayant un rapport à l’enquête qui tente plutôt de coller au sens que les acteurs attribuent à leur action. Ce groupe de recherche est relié au bilan-projet du laboratoire en se plaçant à la croisée des lignes d’horizon 1/ Politiser l’ambiance, 2/ Pister et critiquer la fabrique territoriale et 3/ Sensibiliser les transformations socio-écologiques des milieux de vie.

Participation institutionnelle, pratiques professionnelles et expertises citoyennes :
L’impératif participatif (Blondiaux et Sintomer, 2002) irrigue les pratiques urbanistiques et le champ des études urbaines (Bacqué et Gauthier, 2011). Les mondes professionnels de l’urbanisme et de l’aménagement semblent ainsi impactés par des injonctions à la participation qui drainent et font circuler modèles et bonnes pratiques, autant d’enjeux relatifs aux modes de gouvernement urbains que ce groupe de recherche se propose de pister par des ethnographies institutionnelles. Les effets de l’intégration de la participation du public aux processus décisionnels ont mené entre autres, à la naissance d’un marché structuré et à l’apparition d’une filière de professionnalisation, accentuant toujours plus la distance entre parole politique professionnelle et profane (Mazeaud et Nonjon, 2018). Ces enjeux sont affirmés par les transitions écologiques et numériques qui agissent sur les objectifs politiques à l’échelle urbaine et territoriale et impactent les pratiques et formes de citoyenneté. Des alternatives et des expérimentations, régimes aujourd’hui valorisés par les corps technico-politiques de l’aménagement, se relient à des mondes professionnels et associatifs en mutation, guidés par des modèles émergents comme l’Économie Sociale et Solidaire. Il s’agit alors de décrire des repositionnements aux frontières de l’engagement technico-politique, professionnel ou associatif. Les dispositifs participatifs mis en place par les institutions et gouvernements locaux sont à saisir au-delà d’eux-mêmes et des temporalités délimitées par les démarches des pouvoirs publics. L’ouverture de ce chantier collectif au sein du laboratoire AAU permet, dans la continuité du Groupe de Recherche Les distributions de la fabrique urbaine, de cumuler des observations liées à la trajectoire d’outils de mise en dialogue, à la carrière de dispositifs, de services ou d’acteurs publics sur le long terme.

Luttes urbaines, mouvements contestataires et mobilisations collectives :
En dépit du « tournant délibératif » et à la faveur de l’importance prise par les enjeux environnementaux dans le débat public, les opérations d’aménagement urbains continuent de susciter leur lot de contestations et de mobilisations. Ce groupe de recherche s’intéresse particulièrement aux formes de participation hors cadre qui se placent aux frontières ou en dehors des espaces institués de concertation. D’un côté, il est pertinent de s’intéresser aux conditions d’émergence d’une lutte ou d’un conflit en regardant l’objet de la contestation (acteurs concernés, échelles et types de politiques urbaines, etc.) dans une analyse descriptive. De l’autre, il est possible de poser un regard sur la dynamique de ces conflits et contestations en analysant leurs trajectoires (Chateauraynaud 2011), celles des acteurs – dans une analyse des réseaux – ou de ses enjeux – construction de référentiels d’action et des processus de cadrage (Benford et Snow). Les scènes sur lesquelles se déploient ces critiques de la fabrique urbaine sont multiples : réunions publiques, conseils métropolitains, la rue, le jardin, ou les médias. Les formes qu’elles prennent le sont également : entre discours et action elles mobilisent tout un répertoire qui va de la lettre ouverte à la pétition, à la manifestation (Tilly et Tarrow 2008). Ces formes de participation conflictuelle gagnent à être regardées dans leur rapport avec les formes de participation institutionnelles, les deux n’évoluant pas en vase clos. Comment les dispositifs participatifs se font (ou pas) le relai de la critique ? Comment, à partir d’une contestation, s’ouvrent de nouveaux espaces de participation ? Quelles postures et quelles légitimités sont relayées lors d’une mobilisation (entre défection, loyauté et prise de parole publique) (Hirschmann, 1970) et par quels types d’acteurs ? Les conflits se déploient ainsi au fil de la circulation des objets, des arguments et des personnes dans des espaces qui peuvent être institutionnels, de proximité au voisinage, partisans ou contre-culturels par exemple. Cette perspective ouvre l’opportunité d’étudier l’engagement de ces acteurs contestataires dans un chainage d’expériences animé de changements d’échelles dans la prise en compte des enjeux, de l’influence de réseaux plus ou moins formels ou encore de la variation des rythmes qui régissent une mobilisation collective (entre événements exceptionnels et moments ordinaires). Observer les conflits et les contestations pose enfin la question du rôle et de la posture du chercheur ou de la chercheuse. Ce groupe de recherche offre alors l’opportunité de s’embarquer collectivement dans un travail de réflexivité associant aux engagements intimes de l’enquête, une réflexion sur la place des institutions universitaires dans la critique sociale et particulièrement les « luttes urbaines ».

Infra-politiques, affects et politique du sensible :
Les luttes urbaines représentent le champ le plus visible et lisible de politisation de l’espace urbain mais le politique ne peut se saisir seulement par l’observation de scènes explicites où surgissent des enjeux collectifs et des horizons communs clairement positionnés. Ce groupe de recherche se propose ainsi d’atteindre d’autres dimensions de l’épreuve démocratique en s’intéressant aux soubassements politiques de l’expérience, aux activités ordinaires et aux politiques du sensible afin de donner toute sa place à ce qui est usuellement défini comme des pratiques « infra-politiques ». Nous poursuivons par-là les chantiers ouverts dans le groupe de recherche Ambiance, critique, politique, en s’intéressant plus précisément aux facteurs sensibles de l’engagement pour les acteurs contestataires, habitants ou institutionnels. Cette perspective offre l’opportunité de considérer les modalités pratiques de l’engagement, les régimes familiers et quotidiens permettant de reformuler les conditions élémentaires des mobilisations collectives. L’ordinaire des rapports de voisinage, les relations de proximité tissées entre acteurs, sur les lieux, les effets de réputation, les sensibilités écologiques et environnementales, les attachements ou encore les rapports de confiance et de défiance conditionnent informellement l’action collective et la compréhension des problèmes urbains. Ces perspectives nous amènent à considérer la place des affects, composante centrale de notre quotidien (La Rocca, 2020), dans la fabrique urbaine. Les tensions dans un projet urbain par exemple peuvent surgir des conflits entre les affects ordinaires vécus sur un territoire et des expressions plus rationnelles, interrogeant la place des émotions dans l’engagement, l’organisation collective ou la prise de décision. Aux bords du politique, nous considérons le rôle du sensible, de l’infra-politique ou des affects comme des observables majeurs, parfois à l’origine des engagements dans la vie publique et sur l’espace. Mettre en avant l’opérationnalité du sensible et des affects dans la fabrique urbaine nous permet également d’aborder le vécu militant ou professionnel des acteurs en tant que personnes (le poids de leur exposition, engagements et convictions, relations interpersonnelles) comme des moteurs non-négligeables pour l’action.

Mots-clés : Démocratie locale, gouvernance, écologies, controverses/conflictualité, institutionnalisation/ ensauvagement, légitimités, savoirs experts/citoyens/profanes, rapports de force, politique du sensible.

Actions

  • Participation à la Classe Esprit Critique du réseau Ville-Région-Monde (VRM) de Montréal en mai 2022
  • Journée d’étude fin 2023

Thèses rattachées

  • Lucile Garnier, Saisir la Métropole. Mobilisations dans et contre le fabrique urbaine contemporaine, ethnographie de « scènes » contestataires à Nantes et Grenoble
  • Tanika Join, Projet urbain et fabrique habitante de la ville. Appréhender le territoire entre acteurs, projet et habitants dans un projet de renouvellement urbain à La Réunion.
  • Maude Cournoyer-Gendron, Mises en débat des projets d’aménagement à Nantes et Montréal : conflits, acteurs et représentations.
  • Solal Lambert-Aouizerat, Les petites mains de la fabrique de la ville : ethnographie de l’instruction des autorisation d’urbanisme.